Accueil » Participer » Nos innovations » DVD Neyron : refaire quartier autour d’une centralité populaire
Sur les 9 000 m² de l’îlot, le projet urbain prévoit d’aménager un vaste espace public largement végétalisé (environ 5 500 m² rendus à la nature) et d’accompagner la construction d’un programme de logements neufs, abordables et à haute qualité environnementale et d’usage. Le rez-de-ville, organisé autour de la halle existante conservée sur site, a vocation à accueillir des services et des initiatives portées par les acteurs locaux de l’économie sociale et solidaire.
Ce qui distingue le démonstrateur de la ville durable Neyron des opérations de renouvellement urbain classiques, c’est sa méthode : plutôt que d’appliquer des solutions standards, le projet s’appuie sur un travail de recherche et d’expérimentation mené en amont avec un consortium pluridisciplinaire, afin de répondre très concrètement aux problématiques techniques, sociales et environnementales propres au site.
Le projet d’aménagement de l’îlot Neyron fait partie des 39 lauréats de l’Appel à Manifestation d’Intérêt (AMI) Démonstrateurs de la Ville Durable, lancé par l’État et la Banque des Territoires dans le cadre du plan de relance « France 2030 ». A travers un soutien technique et financier, ce programme a pour objectif de favoriser l’émergence de villes sobres, résilientes, inclusives et productives, et d’accélérer ainsi la transition écologique.
Repéré dès la création de l’EPASE en 2007, l’îlot Neyron a accueilli pendant plus de 150 ans des activités industrielles et minières successives (garage automobile, fabrication de cycles et de pièces métalliques, production de munitions…) avant de devenir le site de l’usine Charvin, aujourd’hui démolie et en cours de dépollution par l’Établissement Public Foncier EPORA.
Cet héritage a laissé des traces profondes : un sous-sol constitué de remblais sur près de 20 mètres, issus de déchets sidérurgiques et de stériles miniers, une qualité géotechnique très dégradée, des pollutions diverses et un bâti dégradé. Les premières études menées en 2021 ont d’ailleurs révélé un contexte si défavorable qu’il fragilisait l’équilibre économique de toute construction neuve sur le site. Le site conserve toutefois de réels atouts : une proximité immédiate avec la gare de Châteaucreux, une dynamique associative et habitante affirmée, et une position stratégique entre l’hypercentre et l’écoquartier d’affaires.
C’est dans ce contexte que le programme des Démonstrateurs de la Ville Durable est apparu comme une opportunité pour l’EPASE : sortir des sentiers battus en allant chercher des compétences extérieures capables de répondre à ces contraintes techniques, sans jamais renoncer aux ambitions sociales et environnementales du projet urbain.
Le DVD Neyron s’inscrit dans l’Appel à Manifestation d’Intérêt « Démonstrateurs de la ville durable », lancé par l’État et la Banque des Territoires dans le cadre de France 2030 et de la démarche « Habiter la France de Demain ». Ce dispositif vise à constituer un réseau national de projets urbains exemplaires, à l’échelle d’îlots ou de quartiers, illustrant la diversité des enjeux de transition écologique et sociale des territoires français.
Au-delà du soutien financier, l’AMI accompagne les collectivités porteuses dans la définition et la réalisation de leur démonstrateur, encourage l’émergence d’outils et de méthodes innovants pour transformer durablement les filières de conception, de réalisation et de gestion des espaces urbains, et soutient des acteurs économiques capables de déployer ces solutions à plus grande échelle. Trente-neuf projets ont été retenus au niveau national, représentatifs de la diversité des territoires français, et couvrant des thématiques aussi variées que la renaturation, les mobilités douces, la réhabilitation de friches ou les constructions durables.
Pour être reconnu comme démonstrateur, un projet doit répondre à trois critères : être porté par une collectivité et un consortium regroupant l’ensemble des acteurs concernés, s’inscrire dans une opération de transformation urbaine à l’échelle d’un îlot ou d’un quartier, et être réplicable sur d’autres territoires.
Inspirée des travaux du géographe Marcel Roncayolo, la démarche déployée sur Neyron aborde le projet urbain de façon systémique, en le décomposant en strates successives : le sous-sol, le sol, le rez-de-ville et le bâtiment, complétées par deux strates transversales consacrées à la gouvernance et à l’évaluation. Pour chacune d’elles, le consortium a identifié des enjeux d’innovation technique, sociale ou méthodologique, avec une exigence commune : privilégier des solutions « low-tech », simples, abordables et réplicables sur d’autres sites.
Cette lecture par strates permet de hiérarchiser les problématiques tout en conservant une vision d’ensemble cohérente du projet urbain.
Pour explorer ces différentes pistes, l’EPASE a fédéré un consortium associant recherche et opérationnel : Fibois 42, l’École des Mines de Saint-Étienne, l’ENISE, Ronalpia, le CIRIDD, Cité Services, l’Atelier des Vergers, le Cerema, Holcim Innovation Center, Tribu, ainsi que des partenaires associatifs du quartier comme l’Amicale Laïque du Crêt de Roc.
Entre 2022 et 2025, une phase d’incubation a permis de multiplier les expérimentations concrètes sur le terrain : mise en place d’un jardin-testeur, tests d’usages pour animer le quartier durant la période de friche, essais de béton rafraîchissant pour lutter contre les îlots de chaleur urbains. En parallèle, des concertations conduites avec les habitants ont nourri le projet : elles ont notamment révélé une forte demande d’apaisement des rues et de retour à une vie de proximité, ainsi qu’un attachement à la préservation de l’ancien préau du site.
Sur la strate « sol », les équipes de Mines Saint-Étienne mènent un travail approfondi sur la friche Charvin, avec un constat de départ : la gestion classique des sites pollués, fondée sur des valeurs de référence nationales, ne tient pas toujours compte des spécificités locales, qu’il s’agisse du contexte géologique stéphanois ou de la réelle mobilité des polluants dans le sol. Un contaminant peu mobile présente en effet un risque bien moindre qu’un élément susceptible de migrer vers les nappes ou d’être absorbé par les plantes.
Les chercheurs ont ainsi caractérisé un fond géochimique de référence propre au territoire stéphanois, à partir d’échantillons prélevés dans des parcs et jardins sains de la ville, et testé la biodisponibilité réelle des métaux présents sur site. Autre enseignement marquant de ces travaux : malgré son aspect délaissé, la friche héberge une biodiversité végétale insoupçonnée, avec près de 150 espèces recensées sur environ 6 000 m², la preuve que ces sols urbains, loin d’être stériles, peuvent retrouver une vraie fonction écologique sans dépollution massive ni apport de terre extérieure. Cette approche s’inscrit dans une dynamique plus large de sobriété foncière, portée notamment par l’objectif national de zéro artificialisation nette : plutôt que d’excaver systématiquement les sols pollués, il s’agit d’apprendre à composer avec eux.
Au-delà des innovations techniques, le DVD Neyron accorde une place centrale à l’implication des habitants et des acteurs du quartier dans l’élaboration du projet. Des ateliers de concertation ont permis de recueillir les besoins et les attentes de la population sur le temps long, en amont même de la définition du programme urbain. Logements accessibles et adaptés au vieillissement, apaisement des espaces publics, conservation de repères du quartier comme le préau existant, souhait d’une offre de commerces de proximité maîtrisée : ces enseignements irriguent directement la programmation du futur rez-de-ville et les orientations retenues pour l’aménagement des espaces publics.
Après trois années consacrées à l’expérimentation, le DVD Neyron entre désormais dans sa phase de réalisation, avec le déploiement effectif des innovations validées lors de la phase d’incubation. Cette nouvelle étape s’organise autour de quatre grands axes de travail, déclinés en huit actions concrètes :
Cette dernière mission a été confiée à Tribu, chargé d’évaluer le démonstrateur pour le compte de l’EPASE et de la Banque des Territoires, à travers un outil global mesurant la qualité d’usage, l’impact environnemental, social et économique du projet, la cohérence de sa gouvernance, ainsi que le degré d’innovation et de reproductibilité de chaque action.
Au-delà de sa réussite sur l’îlot Neyron, le démonstrateur porte une ambition de réplicabilité qui témoigne d’une ambition élevée sur le plan social et sur le plan environnemental. Chacune des innovations testées et validées a vocation à être adaptée à d’autres opérations portées par l’EPASE, et plus largement à nourrir un dispositif national d’expérimentation de la ville durable. Les enseignements tirés sur les fondations en sol complexe, la gestion douce des pollutions résiduelles ou les démarches de concertation habitante constituent autant de méthodes mobilisables sur d’autres friches urbaines confrontées aux mêmes contraintes.
Le projet rassemble autour de l’EPASE un large consortium de partenaires scientifiques, techniques et associatifs : Fibois 42, École des Mines de Saint-Étienne, ENISE, Ronalpia, CIRIDD, Cité Services, Atelier des Vergers Architectes, Cerema, Holcim Innovation Center, Tribu, Tesora, Habitéé, ainsi que l’Amicale Laïque du Crêt de Roc.
Les travaux de dépollution des sols se poursuivent en amont de la concrétisation du projet, dont l’aboutissement est envisagé à l’horizon 2028. La programmation définitive des logements et des services du rez-de-ville sera précisée au fil de l’avancement de la phase de réalisation, en fonction des financements complémentaires mobilisés pour couvrir les surcoûts liés au déploiement des innovations.
Le projet « Neyron, refaire quartier autour d’une centralité populaire » est lauréat de l’Appel à Manifestation d’Intérêt Démonstrateurs de la Ville Durable, porté par l’État et la Banque des Territoires dans le cadre de France 2030.